Ecosse, Aux Pays des Celtes et du Kilt 2ème Partie

ÉCOSSE juillet 2013, Voyage au pays du Kilt et des Celtes (3760 miles) (6015 Km) 2ème partie

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                 12ème étape Durness/Gailoch (148,1miles) (237 km)

                Il est 8H30, et pour la 1ère fois depuis notre départ, il fait un temps à rester sous la couette. Le thermomètre refuse de franchir les 11°, nous avons remis les doublures des blousons. Il vente et il flotte depuis hier soir, il faut extraire les tenues de pluie, oubliées dans le fond du top-case. La journée s’annonce pénible, la route A838, large de quelques mètres, avec ses bords en dentelle, m’oblige à rouler au milieu de la chaussée et je roule à 60/70 km/h. Les virages borgnes, les nids de poules, les sommets de côtes, la visibilité qui ne dépasse pas les cinquante mètres, et les rafales de vent, toutes ces conditions réunies me rendent le pilotage extrêmement difficile et parfois dangereux. Nous ne voyons pas grand-chose des paysages rudes et pelés que nous apercevons de temps en temps à travers cette brume épaisse.

               Une petite accalmie se présente, nous en profitons pour faire quelques clichés du Loch Na Thull, puis de nouveau le temps se gâte. Nous avons un peu de chance la route A894, que nous suivons depuis la River Laxford s’améliore en qualité, ce qui n’est pas pour me déplaire. Une heure plus tard nous tentons un second arrêt au bord du Loch Assynt, qu’on devine à peine sous son manteau de grisaille, le Ben More Assynt et ses 998 m qui d’ordinaire domine les alentours, doit bien s’ennuyer, seul la tête dans les nuages gorgés d’humidité. De nouveau la route redevient si étroite par endroit qu’elle donne l’impression de vouloir nous engloutir. Le brouillard se joint à la partie déjà délicate, qui se joue sur cette bande de goudron étriquée, notre environnement a pris un ton lugubre, et ma vitesse ne dépasse pas les 50 km/h. Les villages s’enchaînent sans qu’on puisse en apprécier réellement toutes leurs beautés.

               Nous apparaissons dans la petite ville d’Ullapool (Ulapul) vers midi, sous une petite éclaircie. Je suis fourbu comme un vieux cheval, d’avoir eu à lutter contre les rafales de vent violent, accompagnées parfois de fortes pluies. Nous décidons de chercher une piaule, l’endroit est plutôt sympa, mais tous est complet. Ce n’est pas de bol, ce petit port de pêche aux harengs, de 1300 âmes, posé sur la rive du Loch Broom est la plus grande ville à des kilomètres à la ronde. Nous remontons en selle, non sans avoir pris une collation, et continuons la route A835. Nous longeons le Loch Broom sur une dizaine de kilomètres, et nous entrons dans la région de West Ross. Nous traversons les Gorges Corrieshalloch, enserrées entre le Beinn Dearg et Sgurr Mór dépassant les 1100m.

               Le Loch Glascarnoch alimenté par la Black Water river, nous accompagne un bout de chemin à demi caché par la végétation. Juste avant le hameau de Garve, j’engage la brêle sur la A832 en direction de Gairloch. Le temps s’améliore progressivement, le vent est pratiquement tombé, mais le plafond nuageux reste bas et une légère bruine a remplacé la pluie. Nous devinons au fur et à mesure que les kilomètres défilent, les paysages montagneux. Les pentes abruptes recouvertes de bruyères, de lichens ou parfois même dénudées de toutes végétations, donnent une dimension exceptionnelle et terrifiante des Highlands du nord.

               Des bouleaux tourmentés par les vents d’hiver bordent les routes, les rivières et torrents évacuent les eaux cristallines, venues des plus hauts sommets d’Écosse. Nous filons au fond de la Glen Docherty, et nous procédons à une pause de cinq minutes, sur la rive du Loch a’Chroisg. Une brebis et son agneau se délectent d’une herbe bien grasse, et nous regardent d’un air ébahis. Nous jaillissons du village de Kinlochewe logé au bord du splendide Loch Maree. Il est l’un des quatre plus grand lacs d’eau douce d’Écosse, délimité à l’est par les 980 m du Slioch et à l’ouest par les 1010 m du Beinn Eighe.

               Nous arrivons à Gairloch (Geàrrloch) en début d’après-midi, nous nous hâtons de dénicher une chambre, que nous trouvons rapidement à l’entrée du village. Le Bed and Breakfast "Heatherdale" est spacieux, confortable, bien équipé et nous offre une belle vue sur le Loch Gairloch. Il n’est que 15h, la pluie a cessé, le thermomètre remonte à 13°, nous mettons à profit cette aubaine, pour entreprendre une randonnée dans les environs. Nous débutons par le port, puis nous grimpons un sentier à travers bois, avant de redescendre vers la très jolie plage sablonneuse. La suite de notre promenade, nous conduit à une magnifique cascade, située à 45 mn de Gairloch.

               13ème étape Gairloch/Kyle of Lochalsh (113,1miles) (181 km)

               Départ de Gairloch sous une petite bruime, nous rejoignons Kinlochewe passé la veille. J’engage la moto sur la single track road (1 seule voie) A896 et j’utilise les passings place, comme j’ai pris l’habitude de le faire. Les paysages de la Glen Torridon sont sauvages et surprenants, cette admirable vallée est enveloppée à l’est par le Liatthach dépassant les 1000 m et à l’ouest par une zone immense de tourbière parsemée de micros loch. À la sortie de Shieldaig, la Coast Trail A896 épouse le contour de la péninsule d’Applecross (A’Chomraich), avec le ciel qui se dégage légèrement, le panorama est merveilleux. C’est vraiment que du bonheur de rouler à faible allure sur cette route rétrécie et biscornue, taillée à flanc de colline. Ce beau massif, dont les pentes sont recouvertes de Rhododendrons, de bruyères et de verts pâturages, où les moutons plus nombreux que tout être vivant, vagabondent en totale liberté dans ces paysages extraordinaires. L’homme a su préserver ce milieu hostile, aucune souillure, n’est venue entacher la nature farouche de cette péninsule. Il va sans dire, que la conduite demande d’être très vigilante et de respecter une vitesse modérée. Nous abordons le Village d’Applecross niché au fond d’une baie, le temps de ravitailler l’équipage. Pendant que nous nous désaltérons à la terrasse du café, nous observons deux groupes de phoques d’une quinzaine d’individus chacun.

               La température grimpe à 18°, les nuages sont toujours présents, mais il n’y a plus de menace d’averse. C’est une bonne nouvelle, nous pouvons envisager avec sérénité l’ascension du Col Bealach-Na-Bo "Le Col du Bétail en Français" à 660m d’altitude. C’est la route la plus haute d’Écosse, elle est très étroite, en mauvaise état et dangereuse, surtout avec des  conditions météorologiques exécrables. Les sept premiers kilomètres de montée, serpentent à travers des décors de toundra, les arbres, et les arbrisseaux se font rares. Puis à partir des deux derniers kilomètres, la pente devient plus raide les lacets se resserrent, pour finir avec deux belles épingles. Les fétuques se sont substitués à toute frondaison, offrant ainsi une prairie perpétuelle aux éleveurs d’ovins. Pour la postérité, nous figeons l’image de notre monture au sommet du col Bealach-Na-Bo, devant le mont Beann Bhàn et ses 896 m, sommairement voilé. De notre perchoir, nous embrassons de nos mirettes émerveillées la splendeur des vallées, des lacs de montagne et la Baie Inner Sound. Nous entamons la descente spectaculaire et impressionnante, nous passons entre deux montagnes, dont l’une est une paroi verticale de granit. La déclivité atteint 20% sur les trois premiers kilomètres, les épingles à cheveux s’avèrent assez difficile à négocier avec une grosse GT. Je suis déporté le long du rail de sécurité, il faut bien regarder au loin, qu’il n’y ait aucun véhicule, ou alors attendre son tour, garé sur un passing place. C’est physique, les bras et les épaules en prennent plein leurs grades.

               Après toutes ses émotions, la A896 finit en pente douce jusqu’à Lochcarron, où nous posons nos fesses à la terrasse d’un bistrot. Nous délaissons définitivement la single track road A896, et nous enquillons la A890, qui borde le Loch Carron. La route s’élève de temps à autre, et nous révèle une incomparable vue plongeante sur le Loch Carron. En début de soirée, nous arrivons à Kyle of Lochalsh "Caol Loch Aillse", où nous décidons de relâcher pour la nuit. Ce gros village de 750 habitants est situé sur le littoral du Loch Alsh et les paysages montagneux alentours sont particulièrement surprenants. Le bourg de Kyle of Lochalsh en lui-même, n’est pas très joli et il n’y a rien à y faire, mais c’est une bonne étape, avant de franchir le pont pour l’Île de Skye.

               14ème étape Kyle of Lochalsh/Dunvegan (111,25miles) (178 km)

               Ce matin le thermomètre affiche seulement 10°, nous venons d’enjamber le pont du Loch Alsh et débarquons à Kyleakin de la pointe Sud-Est de l’Île de Skye, appelée également Île des Brumes. L’Île de Skye (An t-Eilean Sgitheanach) est l’île la plus visitée de toute l’Écosse, mais aussi la plus vaste et la plus au nord des Hébrides intérieures. L’Île de Skye comme le reste des Highlands a énormément souffert des exactions perpétrées par les Anglais au 19ème siècle. Les colons expulsent sans vergogne les paysans écossais, pour y introduire des élevages de moutons, beaucoup ont émigré vers le Canada et l’Australie. De nos jours le peuple écossais a repris possession de ses terres ancestrales, et c’est avec fierté qu’il revendique son identité gaélique, d’ailleurs on y enseigne toujours la langue celte.  

               À peine mis les roues de la brêle sur l’île qu’une brume épaisse nous entoure, elle pénètre froide et humide à travers les ouvertures d’aération de mon blouson. Je stoppe et referme les dites aérations, il faut dire que depuis le début de notre périple, nous avons eu des températures clémentes, sauf au départ de Durness. Nous ne voyons pas grand-chose du panorama de la route côtière A87, et nous nous immobilisons à Sligachan, et attendons autour d’un bon café, que le brouillard se dissipe. Cela n’était que passager, vers dix heures le soleil se lève. Il sort de son manteau douillet, déploie ses rayons brûlants, et diffuse déjà une chaleur agréable. C’est sous une température de 20°, que nous enfourchons la bête et attaquons la coast trail A855, taillée sur les pentes escarpées de la péninsule Trotternish.

               Après le beau petit port de Portree, aux maisons couleur pastelles, nous côtoyons les Loch Fada et Leathan. La route continue en direction d’Uig Bay. Attention, entre Portee et Uig, ce n’est pratiquement que de la Single Track Road, rare sont les portions à deux voies, soit environ 40 km, et, pas toujours de bonne qualité, les énervés de la poignés devront s’abstenir.

               Je stationne le 1400, 10 km après Portree, pour y contempler un menhir géant. L’Old Man of Storr "vieil homme du Storr" est un monolithe de 49 m de haut, d’origine volcanique, appartenant au massif de Storr s’élevant à 719 mètres. Il impressionne le monsieur, droit comme un I, partiellement enveloppé dans sa cape de nuage gris. Un peu plus loin, c’est la curieuse cascade de Kilt Rock alimentée par le Loch Mealt, qui plonge directement dans la mer, depuis les murailles en formes de strates de basalte de couleur brune, d’une hauteur de 55 mètres. L’endroit vaut vraiment le coup d’œil, c’est grandiose et les hautes parois sont époustouflantes. Au passage du village de Staffin, nous lorgnons sur la merveilleuse Baie du même nom. Une brève pause aux ruines de la forteresse de Duntulm, perchées sur la falaise, face à la mer, dont on dit qu’il serait hanté. Cet ancien fief du clan McDonald où l’on rendait justice, en plaçant l’accusé dans un tonneau bardé de clous, dont on laissait ensuite dévalé la colline ; s’il survivait, il était reconnu innocent. Nous sommes à peine remis en selle, que je stoppe déjà la moto sur le petit parking de terre de Skye Museum of Island Life. Le Musée se compose d’un canton de sept chaumières, dont quatre sont entièrement meublées et équipées comme à l’époque. Elles illustrent parfaitement le mode de vie, et les conditions difficiles des habitants de l’époque, qui étaient communes à l’île de Skye, les îles Hébrides et le reste des Highlands, à la fin des années 1800. Mais, qui à fort heureusement disparues depuis la fin des années cinquante. Ces vieilles maisons aux toits de chaume datent de la moitié du 18ème au début 19ème siècle, posées sur une colline dominant la mer et placées au nord de la péninsule de Trotternish. Cela leurs donne une superbe vue sur la Little Minch, et vers les îles Lewis et Harris. Et pour finir, un passage au vieux cimetière où se trouve la tombe de Flora MacDonald, l’héroïne locale qui permit la fuite de Charles Édouard Stuart "Bonnie Prince Charlie" après la défaite sanglante de Culloden de 1746.

               Une pause-café dans le modeste port d’Uig, situé à la pointe nord de l’île, abrité au fond d'une baie en forme de fer à cheval. Il est équipé d’un embarcadère, d’où partent les ferries reliant les îles Hébrides extérieures. La suite du programme du jour se poursuit par la A87 et la A850. Elles contournent le sublime Loch Snizort Beag compressé entre les péninsules de Trotternish et Waternish, qui est alimenté par les eaux limpides des collines des Bracadale. Nous ne rencontrons guère de monde dans cette partie de l’île, où pourtant les paysages sont de toutes beautés, les côtes déchiquetées, laminées par la violence des tempêtes venues du fond de l’océan sont prodigieuses de brutalité. Les plages de sable ou de galets, ainsi que les falaises ne sont pas avare de nous faire découvrir leurs surprenantes qualités photographiques.

               C’est dans le village de Dunvegan, implanté à l'ouest de l'île de Skye, sur le rivage du Loch Dunvegan, que nous jetons l’ancre pour la nuit. Le Bed and Breakfast est situé en bordure du Loch Dunvegan, sur la A863, à l’entrée du village et en face du Dunvegan Garage Highland. La dame qui nous y reçoit est très gentille, et la chambre est bien équipée. Après nous y être installé, et pris une bonne douche, nous partons en vadrouille. Nous prenons la petite route sans issue de Claigan. Première rencontre, le château de Dunvegan, édifié sur un promontoire rocheux, dans un décor idyllique. Il est détenu par les chefs du clan MacLeod depuis le 13ème siècle, ce qui en fait le plus vieux château habité de toute l’Écosse. Nous continuons notre balade jusqu’à Claigan, nous découvrons une côte tourmentée aux multiples criques où se prélassent des phoques gris, des tourbières humides où poussent des iris et le magique Loch Suardal.

               15ème étape, (Dunvegan/Strotian (184,4miles) (295 km)

               Il est 8h30, il fait déjà un beau 19° et le ciel est bleu azur, qui c’est qui a dit, qu’il pleuvait tous le temps en Écosse, hein ? Allez en route vers d’autres cieux. Nous roulons sur la A863, pour rattraper Sligachan, puis la A87 pour sortir de l’Île de Skye. Comme la veille, les paysages sont envoutants, captivants, les flancs des massifs montagneux, dévalent en cascades vers les vallées herbeuses, ils sont recouverts de lichens, de fougères, de genévriers et de fétuques d’un vert intense. Nous n’oublions pas, les rois de Skye qui sont bien entendu les moutons Cheviot et les Scottish Blackface, élevés pour leur laine et leur viande, on les côtoie partout, dans les prairies, dans certains petits villages, et même sur les routes. Nous effectuons un 1er arrêt au Loch Harport, la mer est d’un calme irréprochable, le regard porte loin et nous pouvons apercevoir les monts Sgurr a’ Ghreadaich et Sgurr Alasdair, qui culminent à  993 mètres. Nous ne pouvons-nous empêcher de stopper pour admirer les Red Hills "Collines Rouges", deux beaux cratères volcaniques de formes égueulées qui sont une merveille. Nous repassons le pont pris la veille dans une purée de pois, mais aujourd’hui c’est sous un soleil radieux que nous quittons l’Île de Skye.

                Le ruban noir se déroule sous les roues du 1400 à un rythme de sénateur, nous frôlons le château d’Eilean Donan posé sur le Loch Duich. Nous nous enfonçons avec plaisir dans la majestueuse Glen Shiel, prise en étau entre les Five Sisters dépassant allègrement les milles mètres, et entre The Saddle et ses 1010 mètres. Les Loch Cluanie, et Loyne s’enchaînent offrant à nos yeux écarquillés d’émotion, de bonheur et d’humilité, un spectacle grandiose. La route passe à l’ombre de grands pins Sylvestres s’inclinant sur notre équipage pour mieux nous laisser apprécier ce que Dame nature a mis des millénaires à façonner. La route grimpe en lacet jusqu’à un point d’observation, nous béquillons et nous nous empressons d’enlever casques et blousons, il fait 27° à l’ombre, la bouteille d’eau est la bienvenue. Un joueur de cornemuse distille une musique traditionnelle Écossaise. Nous en profitons pour jouir du panorama, l’œil embrasse d’un seul coup, la Glen Garry, le Loch Garry, ainsi que les montagnes environnantes, aux pentes escarpées, parsemées de forêts de bouleaux et de pins sylvestres.

               La A82 nous emporte vers le sud, le Loch Lochy nous salue bien bas, logé au fond de la Glen Albyn, canalisé à l’Ouest par le Geal Charn et Ben Tee culminant à 901 m et à l’Est par le Creag Meagaidh atteignant les 1130 mètres. Nous procédons à une pause ravitaillement pour l’ensemble de l’équipage à Fort Williams (An Gearrasdan), mais elle n’a pas d’intérêt particulier à nos yeux. Cette ville touristique installée sur les bords du Loch Linnhe, et, adossée au pied du Ben Nevis le plus haut sommet de la Grande-Bretagne, avec 1344 mètres d’altitude. Par contre ce qu’on peut retenir, c’est que les Loch Linnhe, Lochy, Oich et Ness sont dans un alignement parfait. Ils sont reliés entre eux par le canal Caledonian, ils séparent l’Écosse en deux, car ils sont placés sur une ligne de faille sismique.

               Après cet interlude, la route se poursuit sur la A830 en direction de Mallaig, le Loch Eil, nous accompagne en jouant à cache à cache avec une barrière de feuillus et de conifères. Une halte à Glenfinnan Monument, d’abord pour le paysage du Loch Shiel entouré de verdure et les deux remarquables massifs dépassant les 800 mètres d’élévation, qui lui servent de gardes du Corps. Ensuite pour la page d’histoire de la colonne érigée en 1815, à la mémoire des glorieux 1300 Highlanders des différents Clans rassemblés par Bonnie Prince Charlie, débarqué de Brest pour tenter une hasardeuse reconquête du trône des Stuarts.

               Juste après le Loch Eilt et le village de Lochailort sur notre droite, nous préférons la Single Track Road A861, plutôt que la route de Maillaig, à tort ou à raison, nous ne le saurons pas. Cette charmante et pittoresque petite route de campagne, longe au plus près le Loch Ailort, coupe la langue de lande de Rubha na Faing Móire à travers de belles forêts de chênes, de hêtres et de pins calédoniens. La A861, monte, descend, ondule, serpente, s’enlace autour des arbres, des rochers qu’elle rencontre. Elle parcourt ainsi 45 km, et termine sa course à Strontian, non sans avoir léché la rive du Loch Sunart sur une grande partie de sa course. Nous circulons à l’ombre des grands arbres, et en apprécions la fraicheur, mais la A861 reste dangereuse, et imprévisible. Il faut serrer à gauche, en faisant très attention aux bas-côtés, qui peuvent cacher des pièges, frôler les rochers, les parois rocheuses, les arbres, couper à l’arrivée des sommets de côte, des virages aveugles, car il peut y avoir une grosse surprise. La journée fût longue, harassante parfois, surtout la dernière partie très physique, mais elle nous a surtout comblés de bonheur, et ça c’est inoubliable.

               Il est 18h00, nous approchons de Strontian, nous nous mettons immédiatement en quête d’une chambre, notre satisfaction sera comblée à la sortie du village. Nous sommes hébergés dans une superbe demeure avec une vue imprenable sur le Loch Sunart, où le soir nous aurons le ravissement d’apercevoir de jeunes phoques batifolant dans les eaux calmes. Cette charmante petite bourgade, posée sur la Strontian River est parfaite, pour les randonnées et comme refuge d’étape.

                16ème étape, Strontian/Inveraray (165 miles) (264 km)

               Le soleil est déjà levé depuis longtemps, quand nous abandonnons nos hôtes, non, sans les avoir remerciés chaleureusement de l’accueil reçu la veille. Nous abordons la Glen Tarbert, parée de grosses collines, de forêts de pins, de bruyères couleur fuchsia, et de la Carnoch River, qui roucoule paisiblement dans son lit de galets. Volontairement, nous oublions le Bac à Coran pour rejoindre Inchree sur la A82, nous préférons faire les 32 miles (51 km) supplémentaire et profiter au maximum de la beauté des paysages. La Single A861, nous montre le chemin, et par intermittence à travers les branchages, elle nous permet de jeter un regard oblique sur le mirifique Loch Linnhe. Le Loch Eil prend la suite, les bouleaux et les hêtres se sont substitués aux conifères, le mince ruban d’asphalte de la A861, taillé dans le flanc rocheux du coteau, nous offre une vue saisissante et plongeante sur le Loch.

               Nous passons Fort-Williams et traquons la A82, qui suit à la perfection le littoral du Loch Linnhe, sur la rive opposée de la A861. Nous enjambons le chenal du Loch Leven, par un pont métallique à l’architecture réussie ; il apparait alors un féérique panorama sur l’ensemble des Loch Linnhe et Leven, ainsi que sur tous les massifs alentours. Nous roulons depuis un bon moment sur la A828, et on ne se lasse pas d’admirer tous ces beaux paysages de montagne. Le Loch Creran, la Baie Ardmucknish, la forêt de Barcaldine, qui recouvre une partie des Benderloch Mountain, nous réjouit à chaque kilomètre. Nous réalisons une halte à Oban (An-t-Oban), attrayante petite ville balnéaire. Elle possède un port de pêche très actif, avec une belle flottille de navires colorés. Elle est située dans la région d’Argyll, établie à l’entrée de Firth of Lorn, protégée de la houle par l’île de Kerrera, à l’Est, on remarque de grosses collines verdoyantes.

               Nous enroulons à allure modérée, la route A816, qui sent bon la campagne et la balade, accompagnés par le Loch Feochan sur plusieurs kilomètres. La Single Track Road B844, sinueuse comme un serpent de mer, se fraye un passage parmi les tourbières, les pins, les bouleaux et les saules, pour parvenir à l’île de Seil "Saoil". L’idée de ce détour, c’était de découvrir l’unique pont de pierre, édifié en 1792, reliant la petite île au continent en franchissant le minuscule bras de l’Atlantique qui les sépare. Retour sur la A816, où nous attendent les magnifiques décors aux formes généreuses, arrondies par les millénaires, parsemés de forêts de résineux et de feuillus, entrecoupés par des pâturages où paissent nonchalamment les brebis. Une pause salutaire pour se désaltérer en bordure de route et saluer The Kintraw Standing Stone ou littéralement Pierre Debout de 13 pieds de haut (3,96 m) planté au sud d’un Cairn d’environ dix mètres de diamètre. Ce bel ensemble néolithique comprend également un ensemble de petits cairns et quatre pierres alignées au sud, un grand cercle de pierres debout à l’ouest est encore visible et ainsi que deux gros rochers dans les fondations d'un bâtiment en ruine. Le tout domine le sublime Loch Craignish et les îles Jura et Islay.

               Nous franchissons le village de Lochgilphead, immortalisons le Loch Gilp, et galopons plein Nord à travers le massif d’Argill en suivant le Loch Fyne. Il est 16H00, quand nous stoppons la brêle aux portes d’Inveraray "Inbhir Aora", nous venons de dégoter une chambre au bord du Loch Fyne, le pied ! nous rentrons la moto dans la cour et nous la débarrassons de son fardeau. Comme à l’accoutumée, nous mettons à profit le reste de l’après-midi pour flâner sur notre lieu d’étape. Inveraray est un bourg royal des Highlands, établi une 1ère fois sur la rive Est du Loch Fyne, au 15èmee siècle, rasé et reconstruit au 18ème sur la rive ouest, à l’abri du vent du nord, du Cruach Mhór culminant à 589m. C’est un endroit très touristique, délicieux, plaisant pour y passer la nuit, voire plusieurs jours. Les belles demeures blanches à étages, de la rue Main Street et du front de mer, aux fenêtres surlignées de noir, rendent le petit village très photogénique. Inveraray possède une ancienne prison, d'architecture géorgienne située dans le bourg, devenue depuis un musée, sur les quais du port trône une magnifique croix celtique du 15èmee siècle, seul vestige du 1er village. L’église "Hall Saints" et sa tour ont été édifiées en 1792, la Nef séparait en son centre par un mur, selon les plans de Robert Mylne, permettait ainsi de recevoir les deux communautés, anglaise et gaélique. À 10 mn de marche au Nord-Ouest de la ville, le château d'Inveraray construit à l’origine sur la rive Est du Loch Fyne, par Colin Campbell au 15èmee siècle, qui en était le 1er duc d'Argyll. Il a été démoli et rebâti au 18ème siècle, par Archibald Campbell, 3e duc d'Argyll et remanié une dernière fois au 19èmee siècle. À l’intérieur une majestueuse salle des tapisseries, inspirée des salons parisiens de l’époque. Les jardins sont privatifs, mais le parc est libre d’accès. Il est toujours habité par le chef de clan de la branche Campbell, le duc d'Argyll.

               17ème étape, Inveraray/Largs (103,1miles) (165 km)

               Ce matin le ciel est légèrement saupoudré de nuages, la T° est de 16°, la journée  s’annonce ensoleillée. Nous enfourchons notre monture et disparaissons à l’horizon d’Inveraray, l’aventure continue par la A83. La Glen Kinglas nous tend les bras, ça grimpe en douceur jusqu’au modeste col de 236 mètres d’altitude. Cette magnifique vallée encaissée, aux innombrables défilés étroits, lacs paisibles et torrents tonitruants, qui vocifèrent, crachent leurs eaux froides et limpides, en dévalant les pentes abruptes des pics édentés, alimentent la tumultueuse Croe Water. La Glen Kinglas traverse le Argyll Forest Park, créé en 1935, l’un des plus impressionnant que nous ayons traversés, le Beinn Ime en est le point dominant avec 1001 m, mais nous n’avons pas le plaisir d’apercevoir le sommet, un ciel d’encre obscurcit soudainement la voute céleste, mais nous échappons à la pluie.

               Nous exécutons une pause, et alimentons la bête en carburant à Tarbet, village pittoresque posé sur le rivage du Loch Lomond, il est richement boisé en feuillus et résineux, entouré de moyennes montagnes. Nous galopons, le long du Loch Lomond, sur la large route A82, en direction de Glasgow. Ce grand lac d’eau douce, long de 37 km, et large de 8 km est le plus grand d’Écosse, il est parsemé d’îles et d’îlots, intégré au Trossachs et Lomond National Park. Nous voici arrivé sous un soleil resplendissant, dans la plus grande ville d’Écosse, Glasgow "Glaschu" installée sur les rives du fleuve Clyde, qui se jette dans le Firth of Clyde. Nous fuyons cette mégapole, après de multiples points carte, et trouvons enfin la route côtière Greenock road A8, puis nous suivons d’un air débonnaire, la paisible route A78, qui suit l’adorable baie Firth of Clyde.

              Il est 14h30, Nous avons décidé de poser les sacoches dans la jolie ville de Largs "An Leargaidh Ghallda". La moto stationne déjà pour le repos journalier, au fond de la cour du Bed & Breakfast "Saint-Léonard’s Guest House" construit en solides pierres de taille de couleur ocre. Le couple Mary et John McDonald, nous accueillent chaleureusement. Il est situé sur la A78 Irvine Road en bordure de la River Gogo Water, et à 5 mn des plages. Il fait chaud, il y a un soleil magnifique, pas un nuage en vue, nous en profitons pour nous étendre sur les belles pelouses, face à l’île Great Cumbrae. Largs est posé à l’embouchure de l’estuaire de la Clyde, dans le comté North Ayrshire, C’est une station balnéaire très populaire avec une charmante promenade en bordure de mer. La ville met en valeur ses liens historiques avec les vikings. En 1263 la ville fût le théatre d’une grande bataille entre les armées d'Écosse et de Norvège. Une fête annuelle est tenue chaque année au début de septembre, commémorant cet événement.

               18ème étape, Largs/Newton-Stewart (153,1miles) (245km)

               Ce matin changement radical du temps, il pleut, il y a un fort vent, c’est un vrai temps écossais, et cela seulement pour la deuxième fois depuis notre départ. Nous sortons les vêtements de pluie que nous enfilons rapidement et partons sous d’autres cieux, par la A78. De Ardrosian jusqu’à Maybole, c’est un déluge de pluie orageuse et  torrentielle, accompagné par un vent violent, m’obligeant à stopper, je n’y vois plus rien, la buée a envahi ma visière. Une demi-heure plus tard, l’accalmie se présente, nous reprenons notre route et filons sans demander notre reste. A 11h30, nous entrons dans la ville touristique de Girvan "Inbhir Gharbhain", située dans la Sud Ayrshire. Je béquille Dame Kawa, à proximité d’un café, la pluie a cessé, mais une épaisse brume persiste. Girvan possède une belle longue plage, un minuscule port de pêche lové dans un méandre, et à l’embouchure de la rivière Girvan. C’est une jolie petite ville agréable, adossée aux abords de grosses collines boisées.

               Le temps s’améliore, nous engrangeons les kilomètres sur la A77, Stranraer situé au fond du Loch Ryan, nous regarde passer et disparaitre par la vieille route militaire B737. La péninsule Rhinns of Galloway est très prisée des touristes Anglais et Écossais pendant la période estivale. Nous tentons le coup pour trouver une piaule à Portpatrick, installé au creux d’une baie étriquée. La chance ne nous sourit pas, nous cherchons en vain, mais tout est surbooké, pas grave, nous mettons à profit cette pause pour visiter l’endroit. Portpatrick est un charmant port de pêche exigu, enclavé dans son écrin de verdure en pente douce. Les maisons aux couleurs chatoyantes bordent les quais en rangs serrés pour mieux affronter les rigueurs de l’hiver. Du bout de la jetée, ou mieux, du haut de la colline, nous apercevons subrepticement les côtes Irlandaises.  

               Nous remontons en selle et suivons la route B7042, puis la B7084 à travers des paysages côtiers pittoresques, bordée par des champs de cultures. Nous roulons un bref instant sur la A75, avant de bifurquer à droite sur la chaussée étroite A747, zigzaguant au grès du contour découpé du littoral rocheux. Le décor est plutôt sympathique, la Luce Bay à droite, et à gauche, des prairies délimitées par des murets en pierre, des maisons bâties en moellons de granit parsèment les pentes envahies d’herbe sèche, de bruyères mauves et d’ajoncs épineux à fleurs jaune. Nonchalamment l’équipage que nous formons, poursuit son itinéraire au grès des villages traversés. Port William avec son minuscule port de pêche où trône une statue de bronze du sculpteur Andrew Brown, représentant un marin pêcheur au regard perdu vers l’horizon en direction de l’Île de Man. Whithorn avec son cimetière ancien et les ruines de la Cathédrale Saint Ninian fondée au Début du 12ème siècle. Le minuscule village de Bladnoch et sa distillerie produisant un excellent whisky de malt, sont posés avec délicatesse sur la très réputée River Bladnoch regorgeant de saumon. Et enfin Wigtown ancien bourg Royal, où un festival du livre d’occasion à lieu chaque année. La A714 que nous suivons depuis Bladnoch ondule à travers une vaste réserve naturelle de zone humide salée, elle abrite une faune unique, en particulier des oiseaux marins.

               Il est 18h30 passée, il est grand temps de trouver où dormir, pas de problème, nous dénichons rapidement un toit pour la nuit à Newton-Stewart. Le B &B "Villa Cree" que nous dénichons est situé dans le centre ville, il est très bien indiqué, juste après le vieux pont qui franchit la River Cree. La chambre est confortable avec une vue sur la River Cree, quant à la moto, elle est à l’abri dans une cour fermée par un portail. Newton-Stewart n’a pas beaucoup d’intérêt touristique, hormis pour les amateurs de pêche au saumon. Il y a plusieurs restaurants, nous choisissons au hasard le Cree Inn, nous ne sommes pas déçus, c’est bon et l’ambiance nous convient.    

                19ème étape New Stewart/Long Preston (228 miles) (365 km)

               Le déjeuner que nous engloutissons est copieux, et servi avec beaucoup de gentillesse. Le départ est donné pour la dernière fois en Ecosse, à 8h30, nous délaissons New-Stewart et sa belle Cree River à saumons. Sous une légère averse, nous entamons la journée par la A75, empruntée la veille. Nous nous dérobons en direction de la ville anglaise Carlisle. Vers 10h00, nous effectuons notre pause-café quotidienne dans la charmante ville de Dumfries. Nous franchissons la frontière Anglo/écossaise à 12h00 sonnant, avant de rejoindre prestement Carlisle, que nous avions visité lors de notre remontée vers l'Ecosse. Nous passons cette dernière, et, nous nous éclipsons sur la route secondaire A6, parallèle à l'autoroute M6.  Le serpent de bitume défile sous les roues du gros Kawa, la campagne anglaise offre à nos yeux des paysages bocagers de grosses collines. Les moutons par centaines broutent l'herbe grasse, laissant derrière eux une pelouse presque parfaite. Les haies et les murs de pierres sèches, délimitent les parcelles de prairies aux formes variables, empêchant ainsi toute intrusion des ovins, dans les parties réservées au fourrage.

               Nous sommes en début d'après-midi, nous décidons de tenter notre chance sur la côte, et, d’y jeter l'ancre pour la nuit. Les petites villes de Penrith où a été découvert un  tronçon de la voie romaine de Manchester à Carlisle, Shap, Kendal, Carnforth, Bolton-le-Sand jalonnent notre itinéraire jusqu'à Morecambe. La cité balnéaire est implantée au bord de la magnifique Morecambe Bay au Nord-Ouest de l'Angleterre, mais l'endroit est surpeuplé de touriste, impossible de dégoter où crécher. Nous en profitons néanmoins pour nous détendre et jouir des bienfaits d'une petite balade sur le fronton de mer ensoleillé. Il est 16H, le thermomètre affiche gaillardement un beau 24°. Nous abandonnons ce lieu grouillant de monde, nous nous échappons discrètement par la A683, bordée par la River Lune, et, nous récupérons la A65 en direction de Skipton.

                Nous préférons retourner à l'intérieur des terres, là où nous sommes surs de trouver notre bonheur. Nous parcourons encore 70 km, avant de faire halte dans le village de Long-Preston, situé dans le district du Nord Yorkshire. Nous garons la meule dans la petite courette fermée, mise à notre disposition gracieusement, par les propriétaires du B & B "The Barn". L'accueil est plutôt sympathique, un café nous est offert en signe de bienvenue, la chambre n'est pas bien grande, mais elle est très confortable et correcte, nous avons la S-de-B en commun.

               La promenade du joli village de Long-Preston, dont les maisons aux murs bâties en pierres sèches, et recouvertes de toits d’ardoises, nous conduit sur des petits sentiers à travers les pâturages. Cela nous ramène vers l’église paroissiale Sainte Marie édifiée au 11me siècle à l’époque de Guillaume le conquérant, accompagnée de son vieux cimetière qui ravira les amateurs. Mon estomac réclamant avec acharnement sa ration, nous nous empressons de rejoindre le restaurant "Maypole Inn" repéré quelques instants auparavant.

               20ème étape, Long-Preston/Sicklesmere (189, 4 miles) (303km)

               Nous remercions nos hôtes, non sans avoir apprécié le traditionnel breakfast anglais. Nous partons sous un ciel chargé de nuages au teint pas très clair, mais nous prenons le risque de ne pas mettre les tenues de pluie, car il fait déjà un bon 17°, et je crains de transpirer rapidement. Nous n’avons pas franchi 50 km, que les éclaircies dominent avec aisance notre belle voute céleste. Nous arrivons à Leeds par la A660, nous traversons de part en part cette grande ville turbulente, ainsi que Morley par différents autoroutes. Nous filons à vive allure sur la M1, puis la A1, jusqu’à Newark-on-Trent, où nous saisissons l’opportunité de prendre une chaussée secondaire plus calme. La A17, nous convient, elle parcourt une campagne sans relief, aussi vaste que la Beauce. Elle s’immisce entre les champs de maïs, de patates, d’orge, de blé, délimités parfois par des rangées aux feuillages resplendissants.

                À la sortie de King’s Lynn, c’est la A134 qui se charge du relais, mais à notre grand désespoir l’environnement qui nous entoure, ne change pas d’un pouce, les cultures de toutes sortes, succèdent aux dites cultures. La journée s’achève dans une ferme fruitière, établit en bordure de route. La jeune femme qui nous reçoit avec un large sourire, nous offre une collation conséquente, composée de cake fait maison, d’une coupe remplie de fraises ramassées le matin même, de jus de fruits, de café ou thé à notre convenance. La chambre à l’étage, située sous les combles aux poutres apparentes, est spacieuse et confortable, la salle de bain est en partie commune. Nous avons droit à une visite de la ferme, où nous découvrons d’immenses serres regorgeant de fraisiers aux gros fruits rouge, débordant de sucre. Puis, c’est les vergers de pommiers de variétés divers, qui couvrent des hectares de terre, et enfin vient en dernier la revue du matériel agricole. Après cet interlude intéressant, nous nous dirigeons vers le Pub Restaurant au nom original "The Manger", ça ne s’invente pas, il est planté à une centaine de mètres de notre logis.

               21ème étape, Sicklemere/Rodmell (201, 25 miles) 322 km)

                Ce matin, nous avons englouti un festin de roi, nous nous sommes rassasiés jusqu’aux molaires, si j’ose m’exprimé ainsi. Nous remercions chaleureusement la maîtresse des lieux, le patron étant déjà parti vaquer à ses travaux agricoles. Nous enfourchons notre fidèle destrier, et nous caracolons avec entrain plein Sud sur la route A134. La ville de Sudbury est franchie rapidement, nous avalons les miles avec sérénité, le soleil a sorti le grand jeu, ne laissant aucune chance à un quelconque nuage. La cité de Colchester est absorbée, et nous voici sur la A133, celle qui conduit au bord de la mer du Nord. C’est sur les conseils de nos hôtes fermiers que nous faisons un crochet à Walton-on-the-Naze, situé dans le comté du d’Essex. Cette belle station balnéaire possède une splendide plage de sable fin en pente douce, sur cinq kilomètres de longueur. Au Nord de Blackwater, la péninsule The Naze constitue une zone marécageuse, formée par le double estuaire de la rivière Stour. L’endroit est un site naturel, célèbre par la découverte de ses fossiles, mais surtout d’une grande importance pour l’hivernage des oiseaux migrateurs, tel que les canards et les oies Bernache cravant. Nous terminons par "The Naze Tower" construite en 1720, pour servir d’aide à la navigation, transformée depuis en galerie d’art et de salon de thé.

               Il est 15H, nous remontons en selle, direction le port de New-Haven en passant par Colchester, Chelmsford, Londres par la voie rapide A12. Aux abords de Londres, c’est l’autoroute M25, que nous adoptons pour enjamber la Tamise par le monumental pont suspendu "Queen Elizabeth II", il est gratuit pour les motards, pour cela, il faut prendre la file de gauche. Nous prenons la sortie 5, route A21 vers Southborough, Royal Tunbridge Wells, ensuite la A26, nous emporte jusqu’à la petite ville de Lewes située au Sud-Est du comté de Sussex. Comme à notre arrivée en Angleterre, il est très difficile de trouver où dormir, la côte étant très prisée par les touristes de tous poils. Nous finissons par atterrir dans le typique petit village de Rodmell, non loin de New-Haven. C’est chez une charmante dame, parlant correctement le français, que nous trouvons notre bonheur, elle nous accorde l’hospitalité pour deux nuits. Elle nous propose une collation, accompagnée d’un café, le temps nécessaire à la préparation d’une chambre d’amis. Après avoir pris nos quartiers, nous rejoignons le Pub d’en face le "Abergavenny" où nous prenons notre repas, arrosé d’une pinte de bonne Guinness.

                22ème étape, Rodmell/Rodmell (29, 33 miles) (43 km)

               Nous passons notre dernière journée, aux alentours de Rodmell. Nous commençons par les falaises de calcaire à Fort Hill et sa réserve naturelle, aux abords de Newhaven. Nous marchons aux pieds des murailles de craie blanche, sur une plage recouverte de galets du plus bel effet, battus par les flots incessants de la Manche. Cette belle formation de strates géologique d’origine sédimentaire, culmine à plus de cinquante mètres. Niché sur les hauteurs, l’ancien Fort de New-Haven construit à partir de l’année 1862 et achevé en 1871 en vue d’une hypothétique invasion. Newhaven n’a aucun intérêt touristique et nous poursuivons vers Seaford. C’est une belle petite ville côtière enclavée entre les rivières Ouse et Cuckmere, fondée par les Normands. Pendant deux siècles, de 1350 à 1550, elle a subit les assauts de pirates Français, et à l’occasion fut brûlée plusieurs fois. La magnifique église Saint Léonard de style gothique, date du début XIème, la nef, les bas-côtés et les fenêtres en hauteur sont de l’époque Normande, le reste a été remanié à plusieurs reprises. La Tour Martello en front de mer abrite un petit musée. La Tour ronde est composée de deux étages, entourée par un fossé doublé de briques sèches. Elle est la plus à l’ouest d’une ligne de défense édifiée le long des côtes du Kent et du Sussex entre 1806 et 1810, pendant les guerres Napoléoniennes. Une visite de la ville nous permet de contempler plusieurs bâtiments intéressants dont : la maison Fitzgerald,qui est une construction en briques rouge et moellons, du début XXème. Une longue plage à gros grain, délimité par une esplanade bien aménagée, est très agréable à parcourir, et ce jusqu’aux falaises d’un blanc immaculé appelées les "Seven Sisters".

               Nous poussons notre promenade en sortant de Seaford par la route A259, et posons le 1400 à l’entrée de "Seven Sisters Country Park". La balade est champêtre, elle nous conduit à l’embouchure de la rivière Cuckmere. Un sentier déambule à travers un marais de prés salés où paissent des moutons et des vaches.

               Vers 20h, nous sommes de retour à la vieille demeure communautaire édifiée en 1830. Loona la maitresse des lieux, nous accueille avec un large sourire, et nous pose moult questions sur notre journée. Demain, il nous faudra reprendre la route vers la Bretagne.

               23ème étape, Rodmell/Newhaven/Dieppe/Chartres-de-Bretagne (398km)

               Ce matin, nous nous levons aux aurores pour un dimanche, à 6h30 exactement, nous avalons rapidement un café et quelques morceaux de cake préparé la veille par Loona. Nous chargeons la brêle, nous laissons un mot de remerciement à notre hôtesse, et quittons définitivement les lieux. Nous embarquons dans la gueule béante du ferry aux alentours de 7h30, l’amarrage de la moto est rapide, mais correctement exécuté. À 8h30, la trompe sonne le départ, les amarres sont larguées, le gros cachalot métallique tremble de toute son armature et s’arrache doucement du quai. La traversée est monotone, sans doute un brin de nostalgie d’avoir quitté ce beau pays qu’est l’Écosse, mais c’est promis nous reviendrons. Nous accostons à Dieppe vers 13h15, et rejoignons notre foyer en fin d’après-midi, ainsi s’achève notre merveilleux périple. 

FIN                

 
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